Trois séries de faits comparables qui m’ont donné à réfléchir…
Premier cas : il y a quelques semaines, Sylvie Jamet m’a transmis, pour information, un courriel qu’elle avait envoyé à un animateur d’une station de radio pour lui indiquer les noms d’un certain nombre d’accordéonistes qui lui paraissaient dignes du plus grand intérêt. Peu importe les raisons de cet échange. En parcourant la liste de ces noms, j’ai découvert l’existence du
« Duo Baïkal » et j’ai eu envie d’en savoir plus à son sujet. Recherche rapide sur internet. Je constate que le duo ne se produit plus, mais je trouve l’adresse de l’un de ses membres : Jacques Pellarin, avec qui je prends contact. Bref, quelques jours plus tard, suite à ma commande, je reçois deux cds de Jacques Pellarin, l’un du
« Duo Baïkal », « Genesia », l’autre plus récent sous son nom,
« Sous d’autres jazzitudes ». Après écoute de ces disques, je lui envoie quelques commentaires pour lui expliquer les raisons du plaisir que j’ai eu à les écouter. Peu après, réponse de Jacques Pellarin qui me fait savoir sa satisfaction et son accord avec mes commentaires.
Deuxième cas : quelques jours plus tard, je reçois un courriel de Jean Pacalet qui m’informe de la parution de son disque
« 7x7 ». Mon adresse lui a été transmise par Jacques Pellarin. Suite à ma commande, je reçois, de Berlin où réside Jean Pacalet, son album (2 cds). Après écoute de ses disques, je lui envoie un courriel pour lui dire mon plaisir et en expliciter les raisons. Peu après, en retour, un courriel de Jean Pacalet qui me dit à son tour sa satisfaction et qui relève dans mon commentaire plusieurs points d’accord avec son projet.
Troisième cas : dans la même période, en parcourant les blogs de Sylvie Jamet et de Caroline Philippe, je vois signalée la sortie d’un album pour accordéon solo de Patrick Busseuil,
« Memories ». Même démarche que précédemment : prise de contact personnel, commande, réception des deux cds constituant l’album. Ecoute attentive de ma part. Envoi d’un courriel pour dire mon plaisir et l’expliciter ; réception en retour d’un courriel où Patrick Busseuil me dit son plaisir à la lecture de mes commentaires et sa satisfaction d’avoir le sentiment que j’ai compris son projet.
Le contenu de mes commentaires, sinon littéral, du moins en substance, se trouve dans ce blog, mais ce n’est pas cela qui est l’essentiel à mes yeux. L’essentiel, c’est d’abord la chance d’avoir pu établir une relation personnelle avec des créateurs par l’intermédiaire de leur œuvre et surtout que nos échanges ont donné lieu, chez eux et chez moi, à un sentiment de satisfaction. C’est ce sentiment, du moins tel qu’il s’est produit de mon côté, qu’il m’intéresse de mieux comprendre. Parenthèse : notons en passant la part de hasards dans cet enchainement et surtout à quel point il est primordial de ne jamais les laisser passer sans en tirer parti.
Si l’on prend un peu de distance par rapport aux faits, on observe une même structure :
- après une première phase purement pragmatique destinée à passer commande, il y a envoi et réception d’un disque (en l’occurrence deux, mais cela est anecdotique), c’est-à-dire d’un message chargé, saturé devrais-je dire, d’implication affective pour l’expéditeur / émetteur et pour le récepteur.
- après un temps d’écoute, bref mais intense, où pendant deux à trois jours les disques tournent en boucle, envoi d’un courriel de commentaires, c’est-à-dire d’un message qui exprime mon plaisir et qui essaie de l’expliciter. C’est un premier
feed-back, à la fois impliqué et distancié, et envoyé dans un court délai.
- peu après, encore un délai bref, un courriel en retour de mes commentaires, retour dans le registre du plaisir et de l’accord, disons de la consonance. C’est un second
feed-back, sur le registre de l’implication, mais d’une implication médiatisée par mes commentaires, c’est-à-dire qui n’est plus celle du créateur vis-à-vis de son œuvre, mais de l’artiste vis-à-vis d’un auditeur, qui lui a exprimé sa satisfaction esthétique.
Ce processus en trois moments : émission d’un message à forte charge affective,
feed-back de la réception de ce message symbolique et poétique,
feed-back sur le
feed-back de réception, ce processus en trois moments absolument indissociables est selon moi un vrai processus de communication. En un temps où l’on confond la communication avec la ruse, l’hypocrisie, la transmission en sens unique, où l’on va jusqu’à la confondre avec une image dégradée et minable de la pédagogie, je trouve exceptionnel de pouvoir faire l’expérience d’une communication vraie, au sens de rencontre inter-subjective. C’est cette qualité d’exception qui, j’en ai conscience, m’a procuré un tel plaisir à communiquer avec ces trois artistes.
Mais je dois ajouter encore une autre dimension de ces échanges, qui renforce ce plaisir dont je fais état. Lorsque j’envoie mes commentaires à chacun d’entre eux, je leur propose une lecture de leur œuvre qui est certes au plus près de ce que j’ai ressenti (c’est dire l’importance qu’il y a à peser ses mots, à dire ce que je pense et à penser ce que disent les mots qui me viennent à l’esprit), mais avant un retour de leur part ces commentaires ne sont qu’hypothèses de sens. Même s’ils expriment au mieux une certitude de sensation. C’est dire que lorsque leur retour approuve mes commentaires, lorsqu’ils s’y reconnaissent comme dans un miroir, ils transforment ipso facto mes hypothèses en propositions mieux avérées. Du coup, cela me donne confiance en mon propre jugement esthétique… ce qui n’est pas rien. Grâce à leur médiation à propos de mon commentaire, j’ai appris quelque chose, à savoir que je pouvais m’appuyer sur ma capacité de jugement actuelle pour continuer à essayer de me donner une culture dans le domaine de l’accordéon. On serait heureux pour moins que ça…