jeudi, février 28, 2008

jeudi 28 février - lionel suarez

... reçu ce matin par Alapage un disque que j'attendais depuis plusieurs jours et dont j'attends beaucoup :

- "Around Jaco". 2006 Frédéric Monino 2006 Yak Production. Frédéric Monino en est le leader, mais surtout par rapport à mes intérêts musicaux Lionel Suarez y intervient à l'accordéon. Et il n'est pas facile de le retrouver sur des disques.


Un rapide examen montre que huit musiciens ont contribué à cet album. Monino, basse ; Suarez à l'accordéon (sauf titre 4) ; Huchard, batterie : c'est le trio de base. Et comme invités, Olivier Ker Ourio, harmonica sur les titres 1, 2 et 5 ; Jeanneau, saxo soprano sur 2 et 9 ; Tortiller, vibraphone, sur 3 et 9 ; Winsberg, guitare, sur 2, 7, 10 et Depourquery , saxo alto sur 6 et 9.


Comme le titre l'indique, il s'agit d'une sorte d'hommage à Jaco Pastorius, une manière de tourner autour et d'en restituer le climat.



Diverses obligations m'ont empêché d'écouter attentivement cet album et j'ai dû me contenter d'une écoute en diagonale... juste le temps de percevoir un style. J'y reviendrai. Parmi les compositeurs, on note les noms de J. Pastorius, bien sûr, d'O. Coleman, de Pat Metheny ou de H. Hancock. C'est une indication majeure.




mercredi, février 27, 2008

mercredi 27 février - "casse-toi, pauvre con !"

Mon intention n'est pas de commenter cette parole proférée par le premier personnage de l'Etat, comme on dit. Non que je n'ai pas d'opinion, mais parce que je ne vois pas l'intérêt de la publier. Ce qui me frappe dans cette apostrophe, dans cette réaction, dans cette insulte, ce n'est pas le propos lui-même, c'est la manière dont il s'inscrit dans un monde que je qualifierais de saturé. Un monde plein, sans surprise, sans espaces. Car il s'agit bien d'espaces en effet, et d'espaces saturés.



Espace saturé d'abord, celui des journalistes qui entouraient le président de la république visitant le salon de l'agriculture. Trop de monde, trop de regards, trop d'objectifs et de micros. Un espace panoptique, une machine à traduire tout comportement en images. Un monde de traque et de chasse au scoop. Un monde de connivences et de complicités pour alimenter la machine à produire de l'apparence.



Espace saturé ensuite, celui de la diffusion de la vidéo d'amateur, vidéo de mateur, sur internet. Des milliers de messages, en boucles ; pour saturer l'écran, des morceaux de messages passés en boucles sont eux-mêmes montés en boucles. Espace en abime. L'image de l'image de l'image... Un jeu de miroirs sans objets ni sujets : des simulacres, des reflets de simulacres. Le monde de la caverne platonicienne. Un mur d'images.



Espace saturé enfin, celui des commentaires, exégèses et autres gloses. Commentaires déjà élaborées, tout préparés suivant les clivages politiques. Pas de marge de liberté, pas de propos personnels. La langue de bois comme une caricature. Je dois dire que la rencontre d'un costume trois pièces et de la langue de bois dans un studio de télévision a toujours été chez moi un déclencheur de rires irrépressibles. Je ne saurais donc m'en plaindre. L'hypocrisie à l'état pur. On se rappelle que l'hypo-crite, c'est bien celui qui avance sous le masque. Politicien masqué. Truisme. Un monde d'images de masques. Quand on croit tenir enfin la réalité, on a affaire à un masque.



Ce monde saturé manque d'espaces de respiration, de comportements vrais et de confrontations dialectiques. C'est le règne du plein, du déjà-là, du déjà-pensé, du prêt-à-penser. Un monde immobile comme une lave refroidie. Qui voit de la lave longtemps après son refroidissement ne peut imaginer celle-ci, à son origine, vivante, tumultueuse et éclatante de couleurs vives. Tout est plein, saturé, immobile et surtout prévisible. Il y a de la mort là-dedans.



Au bout d'un moment, lassé par la vision de ces documents clonés, de ces commentaires clonés, de ces personnages clonés, de ce monde saturé de discours de justification et de discours de dénonciation, je coupe le son, je coupe l'image et je choisis un disque d'accordéon.



Et je me dis, outre le plaisir que me procure la musique de cet instrument, que justement son monde n'est pas saturé. Même si certains concerts attirent une foule nombreuse, le public reste à taille humaine, ce ne sont pas des masses houleuse, trop pleines, où l'on perd toute identité dans le mouvement hypnotique de vagues irrésistibles. On peut voir et écouter de l'accordéon sur internet, mais ce n'est pas un raz-de-marée. On peut lire des chroniques et des critiques de disques, mais on est loin des livres ou du cinéma avec ces clivages trop prévisibles entre journalistes spécialisés.



C'est pour cela aussi que j'aime l'accordéon. Pour revenir au titre de cette page, je trouve, qu'il s'agisse du public des concerts ou des échanges d'idées que je puis avoir certains accordéonistes ou certains amateurs d'accordéon, que c'est un monde plutôt moyen, ni jeune con, ni vieux con... Un monde ouvert, plein de surprises à venir, vivant quoi... Un monde qui cherche et qui se cherche, donc qui se transforme, apprend, tâtonne et évolue. Un monde qui change et qui de ce fait garde toute sa force d'étonnement.

lundi, février 25, 2008

mardi 26 février - jazz corner (5)



Dix heures. Un facteur interiméraire sonne une fois. "Un paquet recommandé". Une petite signature et suivant un rituel maintenant bien rodé je me donne quelques instants pour regarder l'envoi de "Paris Jazz Corner" avant de l'ouvrir. La facture d'abord. Ensuite, ouvrir le paquet délicatement, découvrir le cd et la fiche technique qui l'accompagne.




- "Sivuca sinfonico", enregistré en 2004, édition digipack 2007, Discmedi.




Je n'ai aucune idée de la musique de Sivuca et de celle de ce disque en particulier. Je lis sur la fiche technique : "Thèmes : Big Band / Jazz moderne / Musiques latines (Cuba, Brésil, Antilles)".





La pochette ajoute quelques informations : sept titres, de 3:40 à 9:21 ; les compositeurs : Luis Gonzaga, Sivuca, Chico Buarque, Paganini, etc... Quant aux titres : Rapsodie, Concerto sinfonico, etc... Tout cela m'intrigue.



Autre indication : la liste des musiciens participants. Pas moins de soixante-quinze. Par exemple, onze premiers violons, dix seconds violons, sept altos, huit violoncelles, huit contrebasses, etc... Je suis de plus en plus intrigué.




La musique ? Heureusement que je suis assis. J'en reste littéralement sur le cul ! Surprenante, étonnante, inattendue... Comme un accordéon au milieu des chutes du Niagara. Un souffle énorme et magnifique ; un soufflet plein de finesse. Sur le cul ! J'ai ouvert les portes et les fenêtres. Les chats des voisins, un peu surpris au début de leur sieste, ont pris quelque distance. Il faut qu'ils s'habituent. Le prunier frétille d'aise, traversé de la couronne aux racines par des ondes quasi telluriques. Françoise esquisse un regard dans l'encadrement d'une porte et lache ce commentaire : "Ben, dis donc...". Charlotte parcourt le petit fascicule informatif et reste rêveuse. Camille danse à sa façon... jusqu'à en perdre l'équilibre.




"Big Band" selon "Paris Jazz Corner". On pourrait dire aussi "Big Bang".





samedi, février 23, 2008

lundi 25 février - pau, lourdes via nay, tarbes (3)

En route pour Tarbes, à l'heure où les "RTT" rentrent du travail. La circulation manque de fluidité et nous continuons à écouter "Figuri Express". Les morceaux ne nous surprennent plus et l'on commence à en apprécier les nuances, on commence à mieux saisir le jeu de Roberto de Brasov et le moelleux des violons d'Ile de France.





A Tarbes, plus précisément à Ibos, nous nous rendons à l'espace culturel de l'hypermarché Leclerc, "Le Parvis", un lieu de culture s'il en est. A l'affiche, un spectacle dédié à Yvette Horner, "La madone des dancings, les mille et une vies d'Yvette Horner". Il faut se souvenir qu'elle a débuté sa carrière au théâtre des Nouveautés en cette capitale de la Bigorre. Un salut donc à Yvette.


Et puis, une exposition de photographies de Carlos Medeiros. Géomètrie étrange. Net et flou. Précision du cadrage et de la mise au point sur des ombres, des reflets, des fragments. Espace sinon surréaliste, du moins imaginaire. Images à la frange du conscient et de l'inconscient, du perçu et du rêvé.





Pendant longtemps, j'ai regretté que les photographies, sauf exception rarissime, soient protégées par des vitres reflétant tout l'espace alentour. Je regrettais de devoir tourner autour des images accrochées aux murs pour trouver le bon angle. Aujourd'hui, cet inconvénient me parait plein d'avantages. Je ne cherche plus à voir l'image photographique dans sa pureté, je m'amuse de voir ma propre image dans l'image, comme un moment éphémère, mais bien réel de la vie de l'oeuvre. Pour quelques instants, je me dédouble, je me vois me voyant et me voyant me voir... et pensant cela, je pense à Paul Valéry et à son "héros", Monsieur Teste. Je fixe cet instant et ce faisant je crée une oeuvre originale, qui, en plus, est un auto-portrait.
















Il est temps de retrouver nos pénates. "Figuri Express" dans les oreilles ; le soleil rouge et bas sur l'horizon en plein dans les yeux.




lundi 25 février - pau, lourdes via nay, tarbes (2)

De Nay à Lourdes, toujours "Figuri Express". A vrai dire, les accents de cet album me paraissent plus païens que religieux, encore que le paganisme soit traversé en tous sens par de forts sentiments frappés au sceau de la religiosité. En tout cas, nous sommes contents d'avoir tout notre temps pour déambuler dans la cité mariale. A peine quelques passants, mi-touristes, mi-pélerins. Nous notons, grâce à un panneau indicateur, la direction du paradis. Pas aussi inaccessible que j'aurais cru. Je m'en souviendrai.



Quelques boutiques sont ouvertes : vierges Marie en forme de gourdes et bidons d'eau de Lourdes.

Le "Palais du Rosaire", supermarché des objets de piété, est-il ouvert ou fermé ? En tout cas, sa porte, en forme de croix, nous ravit.


Sur le même trottoir, "Au berceau de Bernadette" brille de mille lumières. Mais on voit bien qu'il n'y a personne dans les rues, nous qui cherchons non des objets pieux, mais un thé pour Françoise et un chocolat pour moi. Difficile, car la plupart des bistrots sont fermézs. Quant à un bistrot des accordéons, il faudrait croire au miracle...



Voilà bien la preuve : les rues sont vides, vides, vides...





Tout de même, nous voilà attablés devant notre thé et notre chocolat. Le serveur range ses verres et passe une serpillère sur le sol. Serait-ce, à cinq heures de l'après-midi, l'heure de la fermeture ?



Comment, alors que nous sommes seuls dans ce bistrot, derniers et peut-être premiers clients de la journée, comment résister au plaisir de se tirer l'auto-portrait dans le reflet des glaces ?











lundi 25 février - pau, lourdes via nay, tarbes (1)

Ainsi donc, il y a quelques jours, l'envie nous est venue, après avoir effacé les traces du déjeuner et rempli le lave-vaisselle, d'aller boire un chocolat ou un thé à Lourdes. La distance entre Pau et Lourdes est d'environ quarante kilomètres ; la route traverse d'abord la plaine de Nay puis s'enfonce dans une vallée plutôt encaissée sans que l'on puisse cependant la qualifier de route de montagne. Le gave y est rapide, sans être violent. Et, au bout du chemin, Lourdes, mise à part toute considération religieuse, est une ville surréaliste. Traversée par des foules extatiques pendant quelques mois de l'année, vaste marché d'objets pieux, le reste du temps elle est vide et ses rues ne sont bordées que de vitrines closes et de rideaux métalliques cadenassés. Ville de contraste, ville vouée au bleu et au blanc, cité surréaliste à tous points de vue : baignée par une atmosphère irréaliste, vouée au surnaturel. D'où notre fascination pour ce lieu hors saison.



En route donc, accompagnés par l'étrange musique de "Figuri Express". Etrange parce qu'elle est, si j'ose dire, post-balkans. Enracinée dans les Carpathes et en Ile de France, sans contradictions. Sur le chemin, nous faisons halte à Nay. Nous avons repéré en effet un panneau indiquant la présence d'une maison carrée, récemment rénovée. Le lieu, qui fait penser à une construction de la Renaissance, est beau. Tout simplement. L'ombre et la lumière y découpent des formes et des espaces superbes. Nous regardons de tous nos yeux. Tout simplement.





Quiétude géométrique.








Ombre et lumière ; dedans et dehors : harmonie des contraires. Quel équilibre. Et curieusement, dans ces murs architecturés par l'ombre et la lumière - sol y sombra - se tient une exposition de photographies de corridas. Le photographe, Cathala, est un artiste que nous connaissons depuis fort longtemps et que nous admirons.



Sortie du toril. Le toro dans toute sa sauvagerie. Et en toute candeur aussi...




Fragment d'un habit de picador. Broderies fines de la mort.





Une photographie exceptionnelle : il s'agit d'un toro, mis à mort à Dax, de l'élevage de Miura. Une ganaderia de toros assassins. Non pas des toros, des légendes.

Avant de reprendre notre chemin, nous allons voir ce qu'il en est d'un bâtiment nommé "La minoterie" et présenté comme un centre d'art. C'est en effet une ancienne minoterie, rénovée par un artiste iranien, où sont exposées en permanence des peintures et des sculptures, et où il est possible d'emprunter dans la cadre de l'artothèque des oeuvres originales au tarif de 30 euros pour trois mois.




On ne voit si souvent que des reproductions d'oeuvres d'art que nous sommes touchés et contents de pouvoir contempler in vivo des sculptures et des peintures, même si leur qualité nous parait inégale. Elles ont toutes en effet une qualité de présence qui nous les fait appréhender comme des personnes et non comme de simples objets. Elles sont là et cet être-là est déjà en tant que tel une sorte de miracle.


Miracle ? En route pour Lourdes !







dimanche 24 février - le trio et le taraf

Hier matin, dix heures, dans la boite à lettres, un envoi d'"Audio archives" :

- "Hermetotico", Jacques Bolognesi / Marc Fosset Trio. 2007 J. Bolognési / Frémeaux & Associés. Du jazz comme une épure. Une première écoute en diagonale nous confirme qu'il s'agit bien d'artistes qui tracent leur route, sans souci des modes, mais avec une attention extrême à la modernité. Un jazz de haute tradition.

Après avoir sacrifié au rituel des achats alimentaires aux rayons de l'hypermarché, avant de rentrer à la maison pour ranger les courses, petit détour par l'espace culturel, "Le Parvis". J'ai l'intention de commander le dernier cd de Roberto de Brasov, mais - heureuse surprise - le disque est en rayon. En fait, j'avais commandé cet album début janvier, puis vu les délais de livraison, j'avais fini par annuler cette commande. Mais cette annulation et l'envoi par le distributeur s'étant croisés, le disque avait été classé parmi les productions de Bretagne. Et il m'attendait.

Nous déjeunons donc en écoutant ce dernier opus de Roberto de Brasov et du taraf Idf (Ile de France).
- "Figuri Express", 2006 Nord-Sud. Une vingtaine de musiciens ; un enregistrement en direct à la MJC Bobby Lapointe (tout un programme !) de Villebon-sur-Yvette. Les violons ne sonnent pas comme des violons des Carpathes et c'est bien. On sent que Roberto de Brasov a insufflé son énorme énergie à l'ensemble et cela aussi, c'est bien. La pochette du disque, posée sur une table basse, semble flotter dans l'air entre tapis et fleurs de prunier.


Dehors, le prunier affole les abeilles, qui ont entrepris leur allers-retours incessants. Au moindre souffle de vent les pétales blancs s'envolent et tournoient comme flocons de neige.


Quelques tasses de café, "Salvador", en écoutant quelques morceaux de l'album "Taraf de Haïdouks, Band of Gypsies" et, d'autre part, de "Veselina, Martin Lubenov & Jazzta Prasta Band". C'est notre façon de situer "Figuri Express" entre tradition et modernité.




Il est un peu plus de deux heures lorsque nous avons fini de ranger la vaisselle dans la machine à laver. Il fait 17°. Tout naturellement nous vient l'envie d'aller boire un chocolat ou un thé à Lourdes. Pourquoi Lourdes ? Pourquoi pas ?
Un circuit en forme de triangle isocèle : Pau - Lourdes, 40 kms, via Nay à mi-route ; Lourdes - Tarbes, 40 kms ; Tarbes - Pau, 40 kms. Bien entendu nous avons fait des photographies. Retour à la maison à 19 heures. Il sera bien temps alors de se replonger dans les nouvelles et dans les sempiternelles polémiques autour de l'os médiatique du jour...
Pour accompagner notre route, "Figuri Express"...





jeudi, février 21, 2008

samedi 23 février - le son de maria kalaniemi

Au sujet de Maria Kalaniemi et de "Bellow Poetry", on peut trouver quelques informations sur le site ci-dessous et surtout écouter des extraits de trois morceaux, extraits significatifs du "climat" de l'album :


http://www.cdroots.com/aito-mk1.html




On trouvera des informations complémentaires et le premier morceau de 3:46, "Spirit of the Moon", sur le site suivant :




http://www.rootsworld.com/reviews/mk2006.shtml




A noter que ce dernier site renvoie au premier par un lien direct.



On peut écouter des extraits des neuf titres de l'album sur le site de l'éditeur Aito.



http://www.aitorecords.com/

vendredi 22 février - kalaniemi kalevala

J'écoute en boucle l'album de Maria Kalaniemi, "Bellow Poetry". C'est un ensemble de pièces très attachant, d'où émane une sorte de charme éminemment nordique. On y retrouve l'âme finlandaise. L'ensemble, très homogène, est un mélange d'inspiration venue du fond des âges légendaires, de soufflet d'accordéon et de voix.

Dans la présentation de son oeuvre - compositions personnelles et accordéon solo pour la quasi totalité des titres -, Maria Kalaniemi se réfère à un immense poème, "Le Kalevala". On trouve quelques informations sur cette épopée sur le site de Wikipedia entre autres. On y apprend qu'il s'agit en fait d'une épopée nationale créée dans les années 1834 - 1847 à partir d'un patchwork de poèmes populaires authentiques collectés dans la campagne finlandaise. La référence à ce poème faite par Maria Kalaniemi renforce le sentiment de retour aux sources, de cheminement personnel à partir d'un fonds originel. Chaque titre est comme un parcours en boucle, qui nous ramène à un point de départ après avoir traversé des paysages à la fois semblables et différents entre eux. Pour prendre une autre image, il y a du Sisyphe là-dedans : au bout du chemin, on est revenu au point de départ. Et, comme le disait Albert Camus, contrairement à ce que l'on pourrait en penser spontanément, il faut imaginer Sisyphe heureux...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kalevala

mercredi, février 20, 2008

jeudi 21 février - souffle de lames / souffles de l'âme

... reçu ce matin le disque de Maria Kalaniemi, que j'avais commandé à Alapage... il y a plusieurs jours :

- "Bellow Poetry", 2005 Aito Records / Maria Kalaniemi.


Plusieurs occupations ne me permettent de l'écouter qu'une seule fois. Insuffisant pour se faire une idée un peu fondée et surtout pour l'apprécier à sa juste valeur. Nonobstant cette contrainte, je peux en écouter assez pour retrouver avec plaisir le son de Maria Kalaniemi. Délicieusement acide et puissant à la fois. Manifestement, il s'agit d'un album très personnel : compositions de Maria Kalaniemi himself, interprétations solo (à deux morceaux près, intervention d'Olli Varis à la guitare), accompagnement de la voix, enregistrement at home...



Bien entendu, je le répète, une seule écoute ne suffit pas, sinon pour en tirer le désir d'autres écoutes. Mais d'ores et déjà, la dimension très personnelle de cet album me touche. Il s'agit de soufflet, de souffle, de lames et d'âme, au sens d'anima (souffle vital), de méditation poétique. Et puis, cette phrase, que je relève dans le texte de présentation : "In my composition and playing, I hold melody in the highest reverence : the melody is the message." Une profession de foi qui n'est pas anodine en des temps où parfois les sophistications conceptuelles oublient chemin faisant le plaisir de la mélodie...




mardi, février 19, 2008

mercredi 20 février - politique et accordéon

… continué à lire « Storytelling », dont je relève ici quelques passages, sans commentaires.


Page 133. Dick Cheney (futur vice-président de G. W. Bush) disait en 1992 : « Pour avoir une présidence efficace, la Maison Blanche doit contrôler l’agenda. Le plus puissant outil dont vous disposez est la capacité d’utiliser les aspects symboliques de la présidence pour promouvoir vos objectifs. Vous ne devez pas laisser la presse fixer les priorités. Ils aiment décider ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Mais si vous les laissez faire, ils saccageront votre présidence. »

Page 134. Le White House Office of Communication est alors chargé de gérer l’agenda stratégique de la présidence… Chaque jour on élabore la line of the day (la « ligne du jour » qui deviendra dans les années 1990 la « story du jour"), diffusée auprès des différentes branches de l’exécutif et de la presse accréditée à la Maison Blanche, mais aussi à travers des messages télévisés adressés directement au public.

Page 135. Il s’agit moins désormais de communiquer que de forger une histoire et de l’imposer dans l’agenda politique. « Trousser une histoire (spinning the story), explique Maltese, cela signifie la tourner à son seul avantage, la présenter sous un jour favorable à l’administration, et la diffuser en utilisant les porte-parole, les communiqués de presse, les sources d’information amies, en veillant à ce que l’histoire soit toujours présentée sous le meilleur jour possible. Cela implique aussi d’engager les médias à jouer le jeu… »

Page 136. Si l’exercice du pouvoir présidentiel tend à s’identifier à une sorte de campagne électorale ininterrompue, les critères d’une bonne communication politique obéissent de plus en plus à une rhétorique performative (les discours fabriquent des faits ou des situations) qui n’a plus pour objectif de transmettre des informations ni d’éclairer des décisions, mais d’agir sur les émotions et les états d’âme des électeurs, considérés de plus en plus comme le public d’un spectacle. Et pour cela de proposer non plus un argumentaire et des programmes, mais des personnages et des récits, la mise en scène de la démocratie plutôt que son exercice.

Page 137. Ce n’est plus la pertinence qui donne à la parole publique son efficacité, mais la plausibilité, la capacité à emporter l’adhésion, à séduire, à tromper (comme le fameux slogan « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007).

La lecture de ce bouquin n’est pas toujours facile. L’expression n’est pas toujours limpide. C’est un livre de chercheur. Mais je trouve que l’effort pour le lire vaut largement la peine qu’on se donne. Je dirais qu’il me parait éclairant.

Du coup j’écoute avec gourmandise l’excellent album de Robert Santiago y su Tipica, « Panamericana ». J’ai déjà dit mon goût pour cet album et pour son auteur. Bien au-delà de la musique et de l’accordéon festif qui s’y manifeste, c’est d’une conception du monde, d’une vision de la vie, d’une philosophie en acte qu’il s’agit. Et tout en l’écoutant, je me dis que le plaisir que j’éprouve a quelque chose de politique puisqu’il repose en grande partie sur la rencontre d’une authenticité, d’une histoire vraie, rencontre éminemment révolutionnaire aujourd'hui. On pourrait en effet à bon droit parler de rupture avec les moeurs communicationnelles devenues habituelles. Je me demande si je ne vais pas remplacer le temps que je passe à m’informer avec les radios ou les télévisions par l’écoute systématique de Santiago… et quelques autres. Ce serait déjà un premier pas sur le chemin d’une certaine dépollution.

Dans cet album, entre autres pièces magnifiques, le titre 15 : "La Gran Noticia. Cancion a mi Mama". Ce sera "le titre du jour"...

lundi, février 18, 2008

mardi 19 février - son du tango, son du musette

"Paris Jazz Corner" propose actuellement, à 14 euros l'un, deux packs de la collection "Vibrations". Chaque pack comprend deux cds. Le premier de ces packs est dédié au son du tango, le second au son du musette. Ce sont des anthologies d'une rare qualité. Toutes les deux, Universal 2004.
Je dois avouer que j'ai un faible pour "le son du musette". Présentation impeccable, livret très bien documenté. Cd1, moderne ; cd2, classique.
Parmi les modernes, Macias, Galliano, Martin O'Connor, Les Primitifs du Futur, Bolo Varis Tiboum, etc... Parmi les classiques, Azzola, Murena, Gus Viseur, Lassagne, etc... Oui, vraiment, une rare qualité.

lundi 18 février - festival de trentels réservations

Une seule information pour aujourd'hui :

Le site du festival de Trentels est opérationnel. On peut retenir sa place : une soirée, deux soirées, trois soirées!... Le pass trois soirées : 38 € ! Sans compter les stages ! Trio Miyasaki ; Jean-François Baëz Trio, Ponty Bone et Blues Station band ; Meriadec Gouriou, Quatuor diatonique Danças Ocultas...

http://accordeon.catfamilie.com/les-concerts-du-festival-d-accordeon/tarifs-et-reservations/10-reservations-concerts-accordeon/32-billets-concerts-festival-trentels

dimanche 17 février - storytelling, stoïcisme et accordéon

J’ai une drôle d’impression, je trouve l’époque actuelle un tout petit peu bizarre. A chaque jour son lot d’émotions, de provocations, de polémiques et autres débats ou duels, alimentés par le pouvoir politique à son plus haut niveau et relayés par des armées de journalistes flanqués d’experts ou de soi-disant experts. Tout ce monde s’agite, rongeant chaque jour un os nouveau et souvent peu ragoutant, jouant le jeu d’une communication destinée à se consommer dans l’instant. Demain sera un autre jour ; demain sera une autre histoire. J’ai beaucoup de compréhension pour ces journalistes, qui feignent d’organiser ce tourbillon de pseudo-informations, de pseudo-réflexions et de dialectiques dévoyées. J’ai beaucoup de compréhension car la mise en scène de ce jeu communicationnel est leur gagne-pain… De ce point de vue, il serait intéressant d’évaluer le nombre de personnes que la stratégie politique du chef de l’Etat fait vivre. Ce n’est pas « ma petite entreprise », c’est « mon entreprise tentaculaire ». Tout fonctionne pour produire du conflit, pour provoquer de l’émotion, pour submerger l’esprit critique sous un flot de mots et de phrases au mieux vides, au pire incohérentes ou contradictoires, une sorte de tsunami ou de marée noire dont les catastrophes réelles ne donnent qu’une image très édulcorée.

Lisant « Storytelling », sous-titré « La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits », je note, page 128, dans le chapitre « La mise en histoires de la politique » le paragraphe suivant :
« Dans ses Mémoires, Clinton défend une conception inédite de la politique : selon lui, elle ne consiste plus aujourd’hui à résoudre des problèmes économiques, politiques ou militaires, elle doit donner aux gens la possibilité d’améliorer leur histoire. Le pouvoir présidentiel cesse d’être un pouvoir de décision ou d’organisation : le président est le scénariste, le metteur en scène et le principal acteur d’une séquence politique qui dure le temps d’un mandat, à l’image des séries qui passionnent le monde comme 24 heures chrono ou The West Wing ».

Il me semble que ce texte donne une clé pour comprendre ce qui se passe aujourd ‘hui, en France. Pour comprendre quelle est la stratégie politique et de communication, c’est la même chose, qui fonde les prises de paroles et les discours du chef de l’Etat et de ses thuriféraires, pour ne pas dire larbins ou portes-coton, ce qui serait plus juste.

Mais ce jeu de massacre où la solidarité doit être remplacée par la compétition de chacun contre tous, par le conflit, la rivalité, la dispute, le dissensus généralisé, ce jeu se passe à l’extérieur… Pendant ce temps, j’écoute avec plaisir « Swinguette » du Marc Leseyeux Quartet, comme ce sage stoïcien qui mesurait son bonheur en contemplant l’agitation du monde, sans y participer. Avec cette supériorité sur ce sage stoïcien, que moi, j’ai la chance de pouvoir écouter de l’accordéon.

samedi, février 16, 2008

samedi 16 février - jazz corner (4)

10 heures. Le facteur sonne une fois. "Un petit autographe ! Ce sont vos disques". Une signature, une poignée de main, deux réflexions sur le temps - très beau en plaine, mais trop beau en montagne-, quelques mots sur les projets de week-end. "Au revoir", "Au revoir"...
Une fois de plus "Paris Jazz Corner" fonctionne comme une horloge bien réglée. J'apprécie au plus au point la fiabilité de cette boutique. Je regrette d'autant plus de voir, de visite en visite et de commande en commande, que le nombre des cds d'accordéon offerts n'augmentant pas, mes possibilités d'achat se réduisent.


Le moment où je suis sur le point d'ouvrir le paquet est toujours plein d'envie et de plaisir, c'est pourquoi, avant de manier le couteau, un Laguiole bien sûr, pour couper les bandes d'emballage, je le regarde un instant... et je rêve un peu.

La facture est bien là, complète... ce qui différencie les envois de "Paris Jazz Corner" d'un certain nombre d'autres sites de vente sur internet. Passons !

A l'intérieur, deux disques :
- "Swinguette", Marx Leseyeux Quartet, 2005
- "Bouts de souffles", Andy Emler & Pascal Contet, 2003.
Je trouve le titre du cd de Marc Leseyeux plutôt rigolo et je me demande un peu ce qu'il va nous proposer.
Je me fais une idée un peu plus précise du disque de Pascal Contet et j'attends de vérifier mes attentes en l'écoutant. Je n'ai pas photographié la quatrième de couverture, mais aux pieds de Pascal Contet on voit bien Polo, placide et revêche à la fois.

L'écoute de "Swinguette" est une heureuse surprise. L'album nous accompagne tout au long du déjeuner. Comment le définir après une première écoute ? Une alternance de jazz et de new-musette, parfois des interférences entre les deux... Des phrases et un phrasé qui font penser à Richard Galliano et puis, en titre 9, une perle, "Tango sur Seine". Nous pensons à "Blues sur Seine" de Galliano. Et puis d'autres clins d'oeil : "La capricieuse", "Blues du printemps", "Ballade pour Bill"... Un disque très agréable et bien plus que cela encore. Du coup, nous explorons internet où nous voyons que Marc Leseyeux se produira à Toulouse le 30 avril. Pourquoi pas aller l'écouter ce soir-là avant de rejoindre Trentels et son festival le lendemain ?
Quant au disque de Pascal Contet, je le trouve difficile pour moi, comme tout ce qu'il propose. J'ai du mal, mais je suis décidé à m'accrocher. Je ne suis pas touché immédiatement par le son de son accordéon et je perçois son jeu comme très conceptuel. Je le perçois en effet comme la traduction d'idées, de concepts, de desseins intellectuels, mais les sensations sont absentes. En fait, le titre "Bouts de souffles" me parait parfaitement choisi : il connote pour moi une respiration haletante, fragmentée, pénible, quelque chose comme l'expérience de l'asthmatique. Il y a pour moi du malaise dans cette écoute, mais je suis bien décidé à m'obstiner. Je crois en effet qu'aucun apprentissage n'est impossible.




jeudi, février 14, 2008

vendredi 15 février - la grue, le chêne et les trois écureuils



























































Ce matin, de retour de la boulangerie, muni de mes deux baguettes de pain passion, j'ai été surpris de voir se dresser dans le ciel de notre quartier, une grue de levage - la même qui, il y a quelques semaines, déplaçait un wagon sur le site de la communauté d'Emmaüs. En y regardant de plus près j'ai bien vu trois... comment dire ?... trois écureuils qui montaient, tels des alpinistes, à l'assaut d'un chêne, qui avec quelques uns de ses congénères faisait la fierté de la rue. La chute des feuilles, d'après ce qui se dit, encombrait le toit des voisins du propriétaire de l'arbre.



J'ai passé la journée à suivre la disparition progressive du chêne et, je ne sais pourquoi, à écouter en alternance les deux versions des "Variations Goldberg" par Mika Väyrynen et Wolfgang Dimetrik. La première sous label "Alba" (2004), la seconde sous label "Telos Music" (2007). En fait, je sais un peu pourquoi, même si mon choix n'a pas été délibéré et réfléchi. Le découpage du chêne, branche par branche, avec les variations du bruit des scies, leur répétition obstinée jusqu'à l'effacement du tronc, cela m'a donné envie d'accompagner ce travail avec d'autres variations, celles de Bach et celles des deux interprètes. Chaque branche qui tombe est tronçonnée comme les autres, enfin... pas tout à fait pareil. Pas tout à fait la même, pas tout à fait une autre. De même ces variations, pas tout à fait les mêmes, pas tout à fait autres.



Mais avant de boucler cette page, je dois ajouter un dernier mot. Françoise, qui rentre d'un petit tour dans le quartier où un candidat aux municipales l'a interviewée devant des caméras de FR3, Françoise donc me dit :"Tu as entendu les pies (deux couples ont investi notre rue) ? Elles tournent au-dessus des maisons sans se poser nulle part... Je me demande s'ils (les écureuils) n'ont pas détruit leurs nids". Je me dis alors in petto que, si elles dérangent trop les gens avec leur agitation par trop sonore, il y aura bien un voisin pour réclamer de la police leur reconduite à la frontière ou en tout cas dans un autre quartier. Ce serait assez dans l'air du temps !




























mercredi, février 13, 2008

jeudi 14 février - matinier sur la route d'hossegor

Mercredi, à 15h30, réunion de chantier à Hossegor. Pour faire la route, nous choisissons trois disques où nous pourrons écouter Jean-Louis Matinier :



- "Le pas du chat noir". ECM 2002. Anouar Brahem, oud, François Couturier, piano et Jean-Louis Matinier, accordéon.

-"Confluences". ENJA 2003. Jean-Louis Matinier, accordion, Bobby Rangel, flute, Nelson Veras, acoustic guitar, Renaud Garcia-Fons, acoustic bass.

-"Fuera". ENJA 1999. Renaud Garcia-Fons, 5-string double bass, Jean-Louis Matinier, accordion, accordina.



Peu de circulation sur l'autoroute. Température extérieure : 15°. A partir d'Orthez et vers le Pays basque, une brume très légère adoucit toutes les formes et couleurs du paysage. Plus on s'approche de l'océan, plus cette brume devient bleutée. L'accordéon et le oud, l'accordéon et la flûte, l'accordéon et la contrebasse : une musique fluide, quasi liquide, mouvante, impalpable...

L'environnement, qu'il s'agisse de l'atmosphère ou de la musique, est propice à la rêverie.

Lorsque nous arrivons, la villa retentit de mille bruits. Trois charpentiers, un menuisier, deux électriciens et un carreleur s'affairent, chacun dans son secteur. On croit rêver ! Passons...



Les jardins d'Hossegor sont couverts de mimosas. Parfois, on a l'impression d'avancer entre deux murs jaunes.

Les trois mimosas de la villa ont résisté aux agressions des travaux. Ils sont sortis plus forts de ces épreuves. Leur santé éclatante fait plaisir à voir. Quant à les sentir, c'est autre chose... rhume des foins garanti. On se contentera de les admirer visuellement.


18 heures. Nous quittons Hossegor. Petit détour pour aller voir la mer. Je ne résiste pas au plaisir de fixer une image chromo : un coucher de soleil, blanc comme du métal en fusion, sur l'océan. Quelques promeneurs longent la plage. Pas une vague. Une mer d'huile, suivant l'expression consacrée.



De même que je n'ai pas pu résister au plaisir de faire une photographie en forme de carte postale, je ne résiste pas non plus au plaisir de me tirer l'autoportrait. Le soleil a déjà à demi disparu à l'horizon. Les ombres sont étirées au maximum. Les magasins de surf sont vides. Ce jeu de miroir m'amuse : mon ombre sur le mur, mon reflet dans la vitre et derrière mon reflet l'horizon, qui est derrière moi. La réalité est toujours multiple.


Des travaux à la sortie d'Hossegor nous retardent, si bien qu'à partir de Peyrehorade nous faisons route dans la nuit. La circulation est à peine plus dense qu'à l'aller, mais elle reste très fluide... et c'est un vrai bonheur d'écouter à nouveau Jean-Louis Matinier et al..





mardi, février 12, 2008

jeudi 14 février - bientôt... trentels





Mardi soir, sur le coup de 22 heures, petite visite, à tout hasard, sur le site du festival de Trentels. Surprise ! Le site nouveau est arrivé-é-é ! Pas encore opérationnel, mais ça ne saurait tarder. Ce temps de gestation est lui-même délicieux. L'affiche est sympathique (vive le vert !) et la présentation du festival est alléchante. Nous préparons nos petites laines, nous cherchons un hôtel dans les environs et nous explorons les sites des accordéonistes qui vont se succéder trois jours durant. Cette préparation fait aussi partie du plaisir...





mercredi 13 février - l'arbre et la grue

Pau, le centre comme la périphérie, se couvre d'ensembles immobiliers en lieu et place de friches, de champs à vaches, de vastes terrains plantés de maïs et bordés de mures, d'airials plantés d'arbres centenaires. C'est ainsi que les haies de ronces sont remplacées par des barrières de sécurité et les portails de bois vermoulus et rafistolés par des digicodes. Les immeubles se répartissent d'une part en ensembles de bureaux, principalement des banques et des assurances, d'autre part en résidences roses affublées de noms charmants comme "Les Jardins du Roy", "Les Résidences du Golf", "Le Bois Joli", "Les Terrasses du Parc", etc... Ce qui me frappe dans ce moment de mutation, c'est la coexistence de grues monumentales et d'arbres imposants. Coexistence de durée limitée puisque les grues, leur travail terminé, partiront vers d'autres chantiers tandis que les arbres dispenseront leur ombre apaisante aux mamans, aux nounous, aux enfants et aux athlètes du dimanche, si la pollution les laisse vivre.
Ce qui me frappe donc c'est le contraste entre deux manières de résister aux éléments, au vent en particulier, la manière des grues et celle des arbres. Quand on regarde les grues, on voit bien qu'il s'agit d'objets fabriqués par l'industrie des hommes ; on comprend bien que leur équilibre résulte de calculs, de dessins, de procédés de fabrication industrielle. Avant de les dresser vers le ciel, il a fallu les décrire sous forme de plans et leur construction a dû en respecter les consignes de la manière la plus rigoureuse. Du concept à sa trace écrite, de la trace écrite à la réalisation. A l'inverse, quand on regarde les arbres, on voit bien que leur équilibre résulte d'un jeu d'équilibres locaux, d'un jeu de compensations. Telle branche tire trop à droite, telle autre se forme comme une contre-force. C'est au fur et à mesure du temps que l'arbre prend forme. Forme mouvante, jamais définitivement fixée, au contraire de la grue. Autre contraste : la grue se montre telle qu'elle est, entièrement posée à la surface du sol alors que l'arbre cache à notre vue la moitié de sa réalité enfouie dans le sol. L'un est ancré par des racines invisibles, l'autre est fixée par de lourds blocs de béton.
Parfois, la forme des arbres et celle des grues se ressemblent dans leur mouvement pour monter vers le ciel.

Parfois, au contraire, leurs formes s'opposent : lignes géométriques d'un côté, ramifications biologiques de l'autre. Fragilité apparente d'une épure d'un côté, prolifération réticulaire de l'autre...


En passant chaque jour devant ces grues et ces arbres, dont la coexistence me parait symbolique de deux formes d'équilibre, je pense à la musique écrite et à la musique improvisée. Pour poser les partitions, la musique conceptualisée, des chevalets, lutrins ou autres pupitres, je ne sais comment dire, dont la forme n'est pas sans analogie avec les grues. Et donc la nécessité pour l'interprète d'être assis. D'autre part, la musique improvisée, le mouvement qui déplace les postures, l'équilibre imprévisible qui se construit au pas à pas, par une succession de déséquilibres réajustés continûment. Bien entendu, il n'est pas question de privilégier l'une ou l'autre de ces deux formes.



lundi, février 11, 2008

mardi 12 février - monsieur jo de compostelle

Il n'est question à la télévision et sur les radios nationales que d'élections municipales et des manoeuvres assez fétides autour de la mairie de Neuilly. Ailleurs d'autres manoeuvres sont tout aussi nauséabondes. On a besoin de respirer de l'air pur. Un petit tour dans les environs de Pau fera l'affaire. Les couleurs délavées du Béarn lui donnent des allures de Toscane. Le piémont nous fait penser aux horizons des tableaux de Léonard de Vinci. La route des vins de Jurançon délimite le vignoble à la manière d'un territoire insulaire. Nous en faisons le tour tout en écoutant le magnifique album dédié à Jo Privat : " Histoires de Jo", "un hommage musical au poéte disparu de l'accordéon swing musette". Tous les invités se surpassent : Azzola, Berthoumieux, Bruel, Buirette, Venitucci et tous les autres. Chacun, à sa manière, dit son admiration pour Jo Privat en perpétuant sinon son souvenir, du moins son esprit. Evidemment, le cd tourne en boucle et rythme notre allure. Chemin faisant, les tours de roues et du cd nous conduisent jusqu'à Lacommande, étape sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.

J'avoue que je suis toujours profondément ému par la sérénité de ce lieu, par la qualité de sa géométrie et de sa lumière. L'espace est magnifique. La commanderie est fermée. Pas un visiteur. Pas un bruit. Tout cet espace pour nous tout seuls. Le luxe !

En parcourant le tour de l'édifice, je ne peux m'empêcher de penser à Le Corbusier. Tout est conçu à hauteur d'homme. Les proportions nous dépassent tout en restant humaines.

Le demi-cloitre protège des pierres tombales dont la plupart, de forme circulaire, datent du dix-septième siècle. Leur contemplation me touche, car en voyant ces pierres dressées comme des hommes, je pense à ces générations qui ont vécu ici.


Chacune de ces pierres est comme un portrait avec son identité propre. Je les regarde comme des individus et je suis fasciné par les expressions que le cours du soleil inscrit sur leurs visages.




Ici, une pierre gravée d'une croix. Rien de plus simple. Un message essentiel, sans fioritures.


Une affichette sur une porte indique qu'il est possible de loger en ces lieux. Le prix de la nuitée au "Gîte des pélerins" est indiqué, de même que le nom des personnes à contacter. C'est la tradition de Compostelle qui se perpétue. Comme si le temps se dédoublait en un temps fragmenté, éclaté, explosé - celui des municipales, par exemple - et en un temps long, quasi immobile, un temps dont on pourrait dire qu'il permane - celui du cheminement spirituel sur le parcours de Compostelle. La considération de ce temps permet de relativiser les changements et les ruptures.



Bien entendu, narcissisme oblige, dès que le soleil bas projette mon ombre sur le sol, je ne résiste pas au plaisir de me tirer l'autoportrait.


Mais je n'avais pas vu jusqu'à ce jour, que ma tête était auréolée d'une sorte de lumière venue d'ailleurs. Certes Pau est proche de Lourdes, certes on commémore aujourd'hui les apparitions de Bernadette... mais jusqu'à plus ample information je veux croire que cette aura est une illusion. Quoique...


De retour à Pau, nous faisons une halte à la boutique "Théoucafé" après un petit détour par l'espace culturel de l'hypermarché. Thé ou café ? Finalement, ce sera un chocolat. Nous prenons le temps de lire le fascicule de présentation de l'album "Histoire de Jo". J'y suis d'autant plus attaché qu'il vient de "Paris Jazz Corner". Un disque que je porte dans mon coeur. A côté, un bouquin, dont tout me porte à croire qu'il est d'une importance primordiale pour comprendre les jeux politiques de notre époque, "Storytelling - la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits" de Christian Salmon, édité par La Découverte, 2007.












samedi, février 09, 2008

lundi 11 février - déjeuner dehors
























Le temps est tellement agréable que nous décidons de déjeuner sur la terrasse. Le soleil entre à flots par les portes et fenêtres ouvertes. Il découpe l’espace entre ombre et lumière comme avec un scalpel. Les parties sombres sont encore plus sombres ; les parties éclairées font mal aux yeux tant leur éclat est vif. Les bouleaux projettent leurs ombres décharnées sur le mur sud. On a peine à croire que l’air puisse être si doux, immobile et léger. Les chats des voisins ne s’y trompent pas, qui passent leurs journées sous les lauriers entre ombre et soleil. Les camélias se sont couverts de boutons en un clin d’œil. Pas un bruit dans le quartier.

Nous écoutons « Musique à la mode » de Marcel Azzola et Lina Bossatti. 1993, Universal Music France / 2007, Universal Music France, collection « Héritage ».

Je ne sais plus ce que j’avais écrit pour dire mon admiration lorsque nous avions écouté ce disque pour la première fois, mais, en l’occurrence, c’est la finesse et la subtilité du jeu des deux interprètes qui nous sidère. Je crois que j’avais oublié aussi la modernité de ce jazz. Pas d’éclats inutiles ; juste ce qu’il faut. Je serais tenté, à propos de Marcel Azzola, de parler de virtuosité, mais ce mot sert trop à qualifier un jeu d’accordéon que je n’apprécie pas, du genre « voyez combien je peux mettre un maximum de notes dans un minimum de temps, avec les dents blanches en prime », que je ne veux pas l’utiliser ici. On est bien au-delà de la virtuosité en effet ; je parlerai plutôt de maîtrise expressive, au sens où l’on perçoit bien que Marcel Azzola dispose de toute la technique nécessaire pour traduire directement ses intentions et sa lecture des oeuvres qu'il interprète. Parfois, on pense à Pascal Contet. Le meilleur de Pascal Contet !

Tous les morceaux sont des sortes d’esquisses très épurées et parfaitement achevées, mais l’un d’entre eux nous a frappés particulièrement, le premier : « Rhapsody in Blue ». On a pu parler de piano à bretelles, si j’osais je dirais qu’ici on a affaire à un orchestre à bretelles. L’accordéon seul sonne comme un orchestre symphonique. Etonnant !






vendredi, février 08, 2008

dimanche 10 février - trikitixa



















L’écoute de « Triki Traka » m’a donné envie d’écouter encore un peu d’accordéon basque et pour ce faire d’explorer la piste « trikitixa ». Pour m’en tenir à l’essentiel, j’ai décomposé ce parcours en deux étapes :

- une première étape textuelle, informative et documentaire,
- une deuxième étape où il est possible d’écouter des extraits de morceaux représentatifs de cinq artistes reconnus dans le monde de l’accordéon basque : Kepa Junkera, Joseba Tapia, Asier Gozategi, Iker Goenaga et Agus Barandiaran (« Korrontzi »).


- Première étape : définitions

- Qu’est-ce que le « trikitixa » ? On découvre que le terme est plus polysémique qu’on aurait pu le croire et l’évolution du couple tambour basque / accordéon est significative de l’importance croissante de l’accordéon, malgré son passé encore récent par rapport aux autres instruments traditionnels de la musique basque.

http://www.trikitixa.net/index.php?id=189

- Quelle est la différence entre le trikitixa et un accordéon diatonique ? Quelle est sa spécificité ?

http://www.soinuttiki.org/fr/triki_comparaison1.php




- Deuxième étape : des accordéonistes

- Kepa Junkera

http://www.kepajunkera.com/

- une vidéo d’un morceau de son dernier album, « Hiri ».

http://www.youtube.com/watch?v=foKARA5xSHY






jeudi, février 07, 2008

samedi 9 février - lessive de printemps


















































Lorsque je sors de la maison, la douceur du temps me surprend. Non seulement l’air est léger et immobile, mais il est pour ainsi dire homogène : on ne sent pas ces différences de température habituelles en cette saison entre l’ombre et la lumière. Du coup, c’est comme si toute la nature mettait le nez à la fenêtre. Le prunier s’est couvert de bourgeons en une nuit et les crocus comme les jonquilles pointent leurs têtes vers le ciel. S’il ne fait pas trop froid cette nuit, ça explosera de tous côtés.

Entre la maison et l’hypermarché, il y a un quartier fort sympathique, le quartier Berlioz, doté d’un certain nombre d’habitants qui ont toujours une idée d’animation à proposer et à mettre en œuvre. Des cordes à linges sont tendues le long des rues et des squares pour que les gens du quartier et d’ailleurs viennent accrocher en plein vent leurs réflexions, poésies, dessins, peintures ou autres. Les pinces à linge serrent entre leurs doigts des œuvres de tous âges et sous les coups du vent qui vient de se lever tout ce peuple d’art brut bruisse de mille murmures. C’est « La grande lessive ». Serait-ce déjà le printemps ?

Tout ça me réjouit et, après quelques achats alimentaires à l’hypermarché, mes pas me guident jusqu’à l’espace culturel. Le rayon des disques basques a encore pris du volume et les disques sont affichés à 3 euros. L’un d’entre eux attire mon regard : fond noir, lettres en blanc, rouge et vert, les couleurs traditionnelles du drapeau basque. « Triki Traka », c’est le nom du groupe ; « Sarberri », le titre. L’accordéon est à n’en pas douter un « Zero Sette » : acide ! Ils ont mangé des raisins verts ; leurs dents en sont restées agacées. La musique ? Je l’appellerais volontiers une « musique de pays », comme on dit qu’il y a des « vins de pays ». Ils ont l’accent du pays. Ce ne sont pas des grands crus, mais ils sont typés, agréables, reconnaissables entre mille. Et ils se boivent entre copains. Soit on les boit avec des copains, soit en les buvant on se fait des copains. C’est aussi une musique qui pourrait durer des heures, des jours, se répéter indéfiniment jusqu’à épuisement des danseurs, des musiciens et des chanteurs. L’accordéon mène tout ce monde par monts et par vaux et l’on ne s’en lasse pas. Parfois, un morceau sort de l’ordinaire. Il nous frappe sans crier gare. Quelque chose se passe. Quelque chose de si particulier qu’on en reste comme hypnotisé. Un rêve passe !

Cette formation, à "géométrie variable", à été créée en 2005 par Xabi Pery, à l'occasion de la réalisation du projet du cd "Sarberri" (Laguna studios/Agorila).



Le groupe est formé de :
Kristina Solano - Triki / Voix
Jean-Michel Berreau - Voix / Percussions
Xabi Pery – Guitare
Mikel Artieda – Basse
Jimmy Arrabit - Batterie / Percussions

Il y a aussi des invités :

Marina Beheretche - violon
Michel Claudio - mandoline

Thierry Biscary - voix

Mixel Ducau – guitares, voix
Jojo Bordagarai – voix
Mixu Michelena – voix
Benat Achiary - voix

... et Xabi Pellarini - assistant son et ingénieur du son concert

mercredi, février 06, 2008

vendredi 8 février - drängkammarorgel

Comme j’avais un peu de temps pour me promener, j’ai choisi de m’engager sur la piste du « drängkammarorgel ». Ce nom sent bon la Suède ; il m’évoque ce pays et ses habitants à travers des images d’Epinal qui me viennent à l’esprit : de grands hommes blonds, taillés comme des bucherons, jouent sur des accordéons énormes – noirs et chromés – des danses rurales dans de grandes salles enfumées. Les cadavres de bières et de bouteilles d’alcools divers occupent tout l’espace d’immenses tables de bois brut. Dehors, il fait très froid. Dedans il fait très chaud. La neige éclaire d’une lueur blafarde un paysage de bouleaux dénudés. Le vent souffle en rafales, mais le son des accordéons et le fracas des pas des danseurs sont si puissants qu’on ne l’entend pas.

Ma quête sur « Google » ne me rapporte que peu d’informations. Je vérifie tout de suite l’origine suédoise de ce nom de l’accordéon. Mais le nombre des sites répertoriés ne dépasse pas les deux pages. Vers la fin de la liste, enfin, un site intéressant :

http://www.accordionpage.com/dragspel.html

Deux pages sont particulièrement intéressantes : « Dragspelsgalleri », plein de photographies…

http://www.accordionpage.com/dragspel.html#Gallery

… et « Mina egna kompositioner för dragspel », où l’on peut écouter plusieurs extraits, dont l’ensemble forme comme une sorte d’œuvre composite, ce que j’appellerais volontiers « la mosaïque du drängkammarorgel » :

http://www.accordionpage.com/s_mytunes.html

Au total, peu de choses comparées à la richesse et à la variété des informations induites par certains autres termes, mais c’est déjà suffisant pour rêver…

jeudi 7 février - sémiologie de l'accordéon







Loin de moi l'idée de jouer au petit sémiologue. Mais, ces quatre double-pages, extraites du numéro de février de la revue "Accordéon & accordéonistes", ont attiré mon attention par leur contraste. Plus exactement, je suis frappé par la mise en scène de l'accordéon et de l'accordéoniste dans ces différentes photographies prises deux à deux. Dans les deux premières, l'accordéon est coloré, dans les deux autres il est noir et blanc ; dans les deux premières, l'accordéoniste a le sourire aux lèvres et regarde le photographe, donc aussi celui qui regarde son image, droit dans les yeux, dans les deux autres, son regard se perd dans son monde intérieur ou très loin au-delà de l'horizon, ce qui revient au même. On pourrait continuer l'analyse, mais à quoi bon accumuler les signes et les connotations... Simplement, à la vue de ces quatre double-pages, je me demande ce qu'il en est du monde de l'accordéon. Peut-on parler d'un monde englobant les accordéons et les accordéonistes par delà les apparences ? Faut-il admettre que le nom d'accordéon et d'accordéonistes recouvre en fait des mondes radicalement différents ? Ces images nous signifient-elles que le mot "accordéon" n'a de sens que s'il est spécifié : classique, de concert, jazz, musette, etc... et que sinon, on ne sait pas de quoi il est question ? Je m'interroge...
D'autre part, je n'ai aucune pratique de l'accordéon et donc je ne peux savoir s'il y aurait quelque chose de commun, de l'ordre de l'expérientiel, entre tous les accordéonistes, mais tout me porte à en douter.
Du coup, je me demande, à propos de la revue dont j'ai extrait les quatre documents : "Accordéon & accordéonistes" ou "Accordéons & accordéonistes" ? Doit-on parler de l'accordéon, comme instrument, comme pratique et comme écoute, comme d'une "chose" traversant le champ social ou existe-t-il autant de formes de cette "chose", autant de pratiques, autant d'écoutes qu'il existe de territoires sociaux, avec leurs frontières, leurs transitions et leurs clivages ?



mardi, février 05, 2008

mercredi 6 février - adaptation assimilation accommodation

En rangeant quelques bouquins, j’ai retrouvé un texte de Jean Piaget, épistémologue et psychologue suisse, qui a retenu mon attention. Dans « Biologie et Connaissance », J. Piaget écrit en effet ceci : « L’assimilation et l’accommodation ne sont pas deux fonctions séparées mais ce sont les deux pôles fonctionnels opposés l’un à l’autre de toute adaptation ».

L’adaptation, autrement dit l’intelligence (je m'adapte à... ; j'adapte les choses à...) , serait donc fonction d’un jeu entre deux pôles fonctionnels ou deux processus, distincts, opposés mais inséparables. L’assimilation, c’est ce processus par lequel on intègre un objet ou un phénomène nouveau à une structure mentale déjà constituée. L’accommodation, c’est le processus inverse, par lequel, en présence d’un objet nouveau et incompréhensible, on cherche à construire une solution, une réponse nouvelle pour dépasser le déséquilibre dans lequel on se trouve.

Assimilation et accommodation sont comme les deux faces d’un Janus, comme l’avers et le revers d’une médaille. L’assimilation est efficace si l’on est confronté à une situation connue, identique ou semblable à une situation déjà rencontrée. Mais elle est facteur d’inadaptation devant la nouveauté ; elle génère de la rigidité quand on veut à toute force ramener le monde à du déjà-connu. Elle peut conduire à nier le présent s’il est source de dérangements trop coûteux. L’accommodation est efficace quand elle conduit à modifier ses manières de penser, ses attitudes et ses choix spontanés pour accepter la nouveauté, l’étrangeté, la surprise. Elle est efficace quand elle conduit à admettre qu’un dérangement est toujours source de progrès à condition de faire l’effort nécessaire pour le surmonter et pour le penser, ce qui implique la mise en question de ses manières de penser, de ses convictions actuelles pour les dépasser dans une conception plus complexe. Elle peut être source d’inadaptation quand on se perd dans le tourbillon de la nouveauté et que tout est perçu comme changement radical, sans repères de référence, ni passé.

J’ai eu plaisir à retrouver ce texte de Piaget parce que j’ai toujours eu grande admiration pour ce penseur et qu’en l’occurrence son enseignement me sert de guide dans l’exploration du monde de l’accordéon et dans mon cheminement d’autodidacte. Ce cheminement est en effet délibérément fondé sur les deux pôles évoqués par la citation : d’une part, le travail d’assimilation, qui consiste à explorer un compositeur, un interprète, un type d’accordéon, etc… pour en faire quelque chose de familier, de connu, une manière de se retrouver en pays de connaissance. « C’est bien ça, je reconnais bien ce son, ce style, etc… ». Ce que j’entends prend place dans des cadres déjà construits et vient me conforter dans mes connaissances, dans mes choix, dans mes goûts. D’autre part, l’accommodation, qui fait que je suis toujours content d’être dérangé et déstabilisé par l’écoute d’un disque que je n’arrive pas d’emblée à situer ou à comprendre. Je sais en effet, dans ces cas-là, que l’effort de compréhension, l’effort pour cadrer cette nouveauté sera source de progrès. C’est pourquoi, j’ai toujours sous le coude un ou deux disques dérangeants.

Je note aussi, à l’occasion des échanges que j’ai pu avoir avec telles ou telles personnes à propos de l’accordéon, qu’on rencontre souvent des gens qui, à partir d’un certain moment, campent en pays d’assimilation, décrétant que ce qui est nouveau ou autre, ça n’est pas de la vraie musique (je repense à ce spectateur, lors d’un festival, se levant bruyamment et quittant la salle en pestant contre la musique de sauvage de Lacaille ; ou à cet autre, ulcéré qu’on ait osé programmer Nano). Inversement, et je l’assimile à du snobisme, on trouve d’autres personnes pour qui il n’est de beau que ce qui est radicalement nouveau et à proprement parler jusqu’ici inouï. Dans l’un et l’autre cas, nul progrès possible.

Muni de cette méthode, j’ai bien l’intention de continuer à explorer ce monde de l’accordéon à la recherche de morceaux qui m’assurent dans mes préférences et de morceaux qui me dérangent, comme les deux pôles fonctionnels d’un travail d’adaptation indéfini.

lundi, février 04, 2008

mardi 5 février - accordéon & accordéonistes

Le dernier « Accordéon & accordéonistes » est arrivé-é-é ! Février 2008, n° 72. Comme dans les autres numéros, il y a – et c’est bien normal !- des articles qui m’intéressent, d’autres moins et quelques uns pas du tout. Je me contenterai donc de ne retenir que les premiers :

- dans le cahier « pédagogie », deux pages de Jacques Mornet sur Fanck Angelis. Chaleureux, très personnel et documenté. On sent à travers les articles de Jacques Mornet l'existence d'une communauté d'accordéonistes. Des liens familiaux en quelque sorte.
- dans le même cahier, William Sabatier raconte ses mésaventures avec humour dans un article intitulé « la cordelette et le bandonéon ». Où l’on comprend qu’un bandonéoniste doit être aussi bricoleur et où l’on voit les relations étroites entre le bandonéon, le cordage des raquettes de tennis et les installations électriques.
- un « portrait » de Françoise Jallot sur Scott Taylor, un multi-instrumentiste fou, au sens de créateur délirant, un autre sur William Schimmel ; un « entretien » avec Rachelle Garniez et un autre avec Sonny « Joe » Barbato ; un autre enfin avec Jonathan Batiste qui joue, entre autres instruments, du mélodica. Ces quatre instrumentistes appartiennent à la scène new-yorkaise.
- un « portrait » de Frédéric Viale par Caroline Linant. Elève de Lucien Galliano : une référence. Un physique qui n'est pas sans évoquer celui de Richard Galliano.
- les « chroniques » font une large place à des cds de musique klezmer, souvent des compilations. Effet de mode et/ou stratégie commerciale des éditeurs. En tout cas, les disques de ce style fleurissent dans les bacs avant même l’arrivée du printemps. J'ai l'impression qu'on trouve sous ce nom générique le meilleur et du moins bon. Pour le reste, les disques habituels du répertoire musette : rétro-musette, néo-musette, etc... A la SACEM, suivant l'expression de Jean-Christophe Averty !

Quelques sites pour se faire une idée…

William Schimmel

http://www.google.fr/search?hl=fr&q=william+schimmel&btnG=Recherche+Google&meta=
http://www.billschimmel.com/ [music]

Sonny “Joe” Barbato

http://www.sonnybarbato.com/store.html

Rachelle Garniez

http://www.rachellegarniez.com/

Frédéric Viale

http://www.fredericviale.fr/

Jonathan Batiste

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=66177407

Tout ça, même s'il s'agit d'un survol rapide, donne bien envie d'en écouter plus. Mais il n'est pas toujours facile de savoir où et comment se procurer les albums mentionnés et je continue, numéro après numéro, à regretter que que chaque article ne soit pas systématiquement accompagné d'une fiche donnant des pistes ou des adresses de distributeurs. C'est comme si l'on devait se contenter de voir des mets délicieux derrière une vitre sans savoir où il serait possible d'y goûter. Frustrant, surtout si l'on considère que les journalistes, eux, connaissent les bonnes adresses.

dimanche, février 03, 2008

lundi 4 février - jo basile et son orchestre

Il y a quelques mois, j’avais ironisé sur la politique commerciale d’Alapage, car j’avais été irrité par le comportement de cette boutique de vente en ligne. Qu’on en juge. Quelques semaines avant la sortie de « Tangaria, live in Marciac », Alapage proposait en effet ce cd à un prix très promotionnel. Disons que la promotion était vraiment exceptionnelle. Mais longtemps après cette sortie, ce cd était toujours en commande. La raison ? Indisponible chez le fournisseur. J’avais trouvé cela étrange : un cd proposé à un prix promotionnel pour sa sortie et qui est provisoirement indisponible chez le fournisseur… jusqu’à ce qu’il soit déclaré définitivement indisponible. S’en suivit un échange de courriels fort courtois avec des correspondants, qui n’ont jamais répondu à ma demande d’explication précise sur ce dysfonctionnement. En revanche, plusieurs considérations sur le nombre de colis servis quotidiennement, sur les performances de la boutique, etc…

A d’autres reprises, il m’est arrivé de ne pas recevoir une partie de mes commandes, mais dans ces cas-là, j’ai pu vérifier qu’il s’agissait de cds difficiles à se procurer auprès d’autres distributeurs en ligne et j’ai bien admis les « indisponible », « épuisé », « rupture de stock », dont j’au dû me contenter.

Ce matin, en ouvrant mes courriels, j’ai reçu celui-ci, qui m’a surpris et qu’il me parait honnête de rapporter ici puisqu’en des circonstances inverses j’avais décrit les dysfonctionnements d’Alapage avec une certaine mauvaise humeur :

"Chère cliente, cher client, Vous avez effectué une ou plusieurs commandes sur alapage.com en fin d'année 2007 et nous vous remercions pour la confiance que vous nous avez témoignée. Vos commandes n'ont pas été livrées dans les délais annoncés, voire annulées pour certaines d'entre elles.Or, le respect de nos engagements et l'assurance de votre satisfaction restent nos priorités.
Nous vous prions d'accepter toutes nos excuses pour les désagréments occasionnés et vous offrons à titre de dédommagement un bon d'achat de 15 euros.
Nous souhaitons que ce geste vous permette de profiter pleinement de l'étendue de nos produits et nos services. "

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D’autre part, j’ai profité d’un petit séjour à Toulouse pour aller faire un tour du côté de « Toulouse Accordéon ». Cette boutique a quelque chose de fascinant. D’abord, elle est située dans le quartier des Minimes chanté par Claude Nougaro. Ensuite, c’est une pièce de dimension relativement modeste, dont les murs sont tapissés d’accordéons, et dont surtout le sol aussi est couvert d’accordéons, si bien qu’en poussant la porte on entre dans un labyrinthe. Il faut regarder où l’on pose les pieds pour éviter de s’entraver et de faire des dégâts. En vitrine, des méthodes d’apprentissage, des partitions et le livre de Marcel Azzola, « Chauffe Marcel ! » avec son cd. Derrière la porte, un présentoir rond, que l’on peut faire pivoter sur lui-même avec un délicieux grincement, façon volière. Au maximum, une trentaine de disques : quelques cds d’une série intitulée, je crois, « PlayBack », tous les disques solo et duo de Roman Jbanov et de Domi Emorine. De couverture en couverture, on les voit passer de la fin de l’adolescence, à la jeunesse, puis au début de la maturité. Lors d’une précédente visite, j’avais acheté « Paris-Moscou ». Cette fois, après hésitations, je tombe sur deux disques de Jo Basile (Joss Baselli):

- « Bossa Três e Jo Basile » ; enregistré à New York en 1963, UBCD 311
- « Jazz Accordion, Jo Basile & Orchestra » ; Blue Moon BMCD 1623, 2005. Enregistré en 1968.

Je connaissais déjà le premier des deux disques ; en revanche, je cherchais le second depuis quelque temps. Mon choix se porte donc sur celui-ci, malgré la présence de prestigieux classiques.

L’écoute de ce cd « Jazz Accordion » a quelque chose de suave et de délicieux. Ecrasé dans le canapé, aux pieds, des chaussettes confortables et des pantoufles à tissu écossais, gris et bleu, en pantalon de pyjama, enfoui dans un pull qui a doublé de longueur depuis son tricotage, à la main, une grande tasse de tisane, j’écoute les yeux fermés une musique tout en nuances et en toucher subtil, un zéphyr, un battement d’ailes de papillon. La scène se passe dans une boite de New York, la salle est enfumée, les alcools sont forts, les hommes sont habillés de costumes gris rayés, très élégants et que dire des chaussures vernies ; chemises blanches immaculées et cravates en soie ; les cheveux gominés ; les femmes, blondes évaporées ou brunes fatales, cherchent à capter la lumière des projecteurs pour faire exploser les éclats de leurs bijoux… Et Jo Basile joue avec son orchestre. De vrais professionnels. Ils peuvent tenir jusqu’au petit jour. Par moments, j’ouvre les yeux et je ne sais pas si j’ai entendu ce que je crois avoir entendu ou si je l’ai rêvé. Mais peu importe puisque l’essence de cette musique est d’être subliminale.

Et, pour couronner le tout, l’enregistrement a eu lieu en 1968 ! J’imagine : Jo Basile et son orchestre en 1968. Peut-être même en mai 68. Ce Jo Basile, tout de même, quelle manière d’aller à contre-courant !