mercredi, mars 15, 2006

mardi 14 mars

D’abord, une petite précision : la première partie du concert de Richard Galliano « New York Trio », le vendredi 10 mars, salle Nougaro, à Toulouse, était assurée par Thierry Gonzalez au piano et Alain Marque à l’accordéon. Il fallait les citer, car on espère bien les retrouver d’ici peu.

Aujourd’hui, salle Nougaro, de 21h10 à 22h40, « création pour trois accordéons ». Comme le dit Jean-Luc Amestoy :

- « A l’accordéon, Didier Dulieux,
- à l’accordéon, Jean-Luc Amestoy et…
- à l’accordéon, Lionel Suarez. »

Dulieux joue sur Victoria, Amestoy sur Mengascini (je crois) et Suarez sur Piermaria. Dulieux et Suarez jouent en noir et blanc sur des accordéons à boutons ; Amestoy joue sur un accordéon à touches piano avec un magnifique soufflet rouge vif.

Tous les trois ont préparé ce concert depuis six mois. Chacun a apporté un tiers du répertoire. Certaines compositions sont originales, dont une, un solo de Suarez, « qui n’a pas encore de nom ». Dulieux prendra aussi un solo. Amestoy, sans être en retrait, se comporte comme un grand frère attentif et bienveillant. On sent de toute évidence que cette prestation a été travaillée en profondeur et Françoise et moi nous sommes particulièrement sensibles à la qualité des ajustements entre les trois. Dulieux fait sonner son accordéon comme un orgue, Suarez déploie une musicalité extraordinaire et, comme toujours, Amestoy parcourt son clavier avec un toucher inimitable. Il faut voir ses doigts fins et puissants effleurer les touches noires et blanches pour en tirer cette sorte d’acidité suave qui n’appartient qu’à lui. A certains moments, ces trois-là nous paraissent un peu fous ; ils nous font penser à Motion Trio, surtout quand Dulieux se déchaîne…

Dans leur posture, une chose me frappe comme une évidence : ces trois-là sont de la famille ou de la tribu des accordéonistes introvertis, dialoguant d’abord avec leur instrument et en cela respectant le public bien mieux que ne le font certains bateleurs plus soucieux de racolage et de succès faciles que d’exigence artistique. Il faut voir comment ils se regardent l’un l’autre : on a le sentiment qu’à travers le profond respect mutuel qu’ils se portent, ils apprennent encore et toujours. Comme le dit à peu près Amestoy : « nos routes se croisent, ce n’est pas si fréquent de croiser des collègues, il faut en profiter ! »

Les titres qui s’enchaînent sans temps mort nous racontent chaque fois une histoire différente et complexe. En même temps, l’unité de l’ensemble est évidente. Ce n’est pas de la musique facile ; le mot composition a ici tout son sens. « Sous le ciel de Paris » nous enchante, de même que cette histoire d’un petit toro chanté par Nougaro.

Après un second rappel, retour du trio, qui reprend ses instruments. Amestoy prend le micro : « Vous êtes trop gentils… on n’a rien préparé d’autre… on va recommencer au début… »

Après le concert, on s’attarde un peu, le temps de boire un verre de vin ou une bière, et le temps d’apercevoir Cataix et Didier Labbé, de voir Suarez donner un autographe à une dame qui « le suit partout » dans le Sud-Ouest, et de croiser Amestoy devant la porte en grande discussion avec quelques personnes… Il est 23 heures et le temps est à peine frais. On aimerait bien que ces trois-là sortent un disque… J’aimerais bien que la couverture restitue la lumière qui, tombant crue des cintres, sculptait en quelque sorte leurs visages, les yeux clos, tout à leur création.

1 Comments:

Blogger Unknown said...

ça donne envie!!!

10:52 PM  

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