mardi, mai 20, 2008

mercredi 21 mai - pavane pour une infante défunte

… écouté six ou sept fois successivement, je ne sais pas exactement, la « Pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel. Il s’agit de la version, arrangée par Richard Galliano, et jouée par le Quatuor de Paris : Joë Rossi, Richard Galliano, Valérie Guérouet, Frédéric Guérouet.

C’est le titre 14 du volume 5 de la collection « Les monstres sacrés de l’accordéon » consacré à Joë Rossi et au Quatuor de Paris. Enregistrements originaux des années 80, RDC Records / 7 Music. Durée : 6 minutes.

Comme nombre de compositions de Ravel, la musique est obsédante. Une image me vient à l’esprit : des voiles de brouillard passent devant un paysage incertain. Leurs lentes ondulations masquent et dévoilent tour à tour de grandes masses sombres, plateaux pierreux ou vagues immenses à perte de vue. La tonalité est difficile à définir : de la tristesse sans doute, mais aussi une sorte de sérénité. Peut-être serait-il plus juste de parler de mélancolie… En tout cas, quelque chose de stoïcien, comme l’acceptation de l’ordre des choses.

Le son des quatre accordéons est surprenant. C’est un tissage de couleurs éteintes, comme celles d’un tapis du Maroc maintes fois lavé et mis à sécher sur des terrasses écrasées de soleil. L’éclat a disparu, ne reste qu’une tonalité complexe. Un poète parlait de l’obscure clarté qui tombe des étoiles. Cette expression paradoxale caractérise assez bien cette tonalité, me semble-t-il…

D’écoute en écoute, une autre image me vient à l’esprit : un cloître roman. Lieu de méditation par excellence. Monde hors du monde. Tellement hors du monde qu’après cette succession d’écoute de la « Pavane… », il m’apparaît impossible d’écouter un autre morceau.

Philippe de Ezcurra a inscrit cette composition au programme de son concert de samedi en l’église d’Hasparren. C’est ma façon de me préparer à l’écouter et à essayer de saisir les particularités de son interprétation. C’est ma façon d’exercer mon attention.

vendredi, mai 16, 2008

samedi 17 mai - philippe de ezcurra en concert solo

... reçu vendredi matin ce courriel de Philippe de Ezcurra :

Concert d' Accordéon Classique : Philippe de Ezcurra

Samedi 24 Mai à 21 h., à l'église d' Hasparren.

Au programme : JS- Bach "chaconne en rém" , A. Kusjakov "sonate N° 2 ", P. Tchaikovsky "Dumka",M. Ravel "Pavane pour une infante défunte" , A. Astier "Divertimento" , S. Barber "Adagio", W. Semionov "Carnaval"....

Venez nombreux........

Nous comptons bien assister à ce concert. Nous espérons bien aussi que Philippe de Ezcurra, à cette occasion, distribuera son disque classique, "Aria di sortita". Notre seul dilemme est de savoir si nous ferons l'aller-retour de Pau ou si nous rentrerons le soir à Hossegor pour y passer le dimanche ou si nous irons à Hossegor dès le vendredi, etc... Il y a des problèmes plus difficiles à résoudre. D'ores et déjà, on se réjouit en attendant ce moment d'accordéon classique, ce qui est plutôt rare en notre région.

jeudi, mai 15, 2008

vendredi 16 mai - danças ocultas... et après...

Durant les deux jours que nous venons de passer à Hossegor, où nous avons fait des travaux de peinture du matin au soir – les encadrements des portes et des fenêtres ! Les portes ! Les sous-couches !-, les six disques de Trentels et le dernier Riccardo Tesi ont tourné sans relâche et, curieusement, de plus en plus fort. Pas de problèmes de voisinage, les villas alentour sont vides. Le facteur à dix heures, la camionnette d’un artisan, un touriste égaré, le bruit de l’océan en arrière-fond, la benne de ramassage des ordures, un chien errant, c’est à peu près tout. On en profite ! Parmi ces disques, l’un d’entre eux a particulièrement retenu mon attention : « Pulsar », 2004, le dernier opus (à ma connaissance) des « Danças ocultas ». Il marque en effet une évolution manifeste dans le parcours du groupe. Que signifie cette évolution ? Je ne saurais le dire de manière assurée, car je n’ai pas d’informations sur les intentions du quatuor, mais le fait est qu’elle ne peut pas ne pas être significative. Qu’on en juge : au fil des différents morceaux, on note l’adjonction d’un accordéon (sur plusieurs titres), d’une contrebasse, d’un piano, d’une guitare, d’une mandoline, d’une clarinette, etc… C’est ainsi que le quatuor ne se réduit jamais aux quatre membres, mais qu’il oscille entre quintet et septet. Il ne s’agit donc pas de l’invitation occasionnelle d’un musicien, mais d’une volonté délibérée, qui marque plus qu’une évolution progressive, une véritable rupture avec la formation originelle. C’est pourquoi, même si je ne connais pas le projet des « Danças ocultas », je pense qu’il s’agit bien pour eux d’explorer des voies d’ouverture et de complexification de leur répertoire. Cette complexification est sensible dans les différents morceaux où intervient un cinquième accordéoniste, Gabriel Gomez. L’ouverture est perceptible dans un morceau comme « Alchimie », particulièrement à travers la voix et les percussions d’Abed Azrié, le piano de Mario Laghina et l’accordéon de Gabriel Gomez. Je serais tenté d’imaginer que le groupe a encore beaucoup à explorer du côté de la musique arabe et arabo-andalouse. A suivre… En tout cas, on est bien obligé de noter le rapprochement entre le nom du quatuor « Danças ocultas » et le titre « Alchimie », l’alchimie étant définie comme une science occulte. D’une certaine façon, il s’agit bien de la même veine originelle, d’une évolution fidèle aux sources du groupe : occulte, hermétique, mystique… Peut-être une manière d’approfondir l’intention fondatrice en la développant.

dimanche, mai 11, 2008

mardi 13 mai - riccardo tesi

Samedi en fin d'après-midi, il était environ 19 h 30, le désir m'est venu d'aller faire un tour à l'espace culturel de l'hypermarché. Histoire de voir... A tout hasard... Le rayon de disques basques est toujours aussi fourni, mais il y manque les productions du label "Elkar", qui me parait à ce jour le plus intéressant. Ne serait-ce que parce qu'on y trouve Philippe de Ezcurra. Nonobstant cette absence, le rock basque, presque toujours accompagné d'accordéons, est d'une vitalité extraordinaire. J'écoute quelques extraits d'albums pris au hasard, mais je n'arrive pas à m'arrêter sur un choix.

Chemin faisant, une couverture attire mon regard. Quatre visages jeunes, sans aucune indication d'instruments. Au dos, parmi les noms des producteurs et soutiens, je lis "Maugein Tulle". Il y a donc de l'accordéon, forcément de l'accordéon. L'écoute des extraits me convainc qu'il s'agit d'une musique fondée sur des airs traditionnels, mais traduits dans le langage d'aujourd'hui. En tout cas, le son est acide à souhait. Et l'humour ne fait pas défaut. Mais j'hésite, car les extraits, limités à 30 secondes, ne donnent qu'une portion congrue à l'accordéon. J'hésite encore quand mon regard tombe sur le dernier album de Riccardo Tesi :

- "Riccardo Tesi, Presente Remoto", Felmay 2008.

Avec Riccardo Tesi, virtuose du mélodéon, inutile d'écouter des extraits. J'achète de confiance. Depuis mon retour à la maison, nous l'écoutons autant que possible. Magnifique. Quelques titres nous accrochent tout de suite : "Accorsa", "Tango Di Buona Speranza", "Marock", "La Citta Vacchia", "Jazzy"...

Autour de Tesi, les formations sont multiples. Parmi ses amis, on peut citer Geri, guitare, Carboni, saxophones, Mirabassi, clarinette, Li Castro, jew's harp, Vaillant, mandoline, Bonnafé, percussions, Bollani, piano, Testa, voix, et bien d'autres encore comme le quintet Archaea, cordes. une musique éclatante, lumineuse, très italienne, sans le moindre clinquant.

De toute évidence, Tesi fait partie de ces accordéonistes qui créent une oeuvre, d'album en album. C'est d'autant plus manifeste que les formations avec lesquels il joue sont à la fois variables et récurrentes. La multiplicité des associations fait d'autant mieux apparaitre l'unité de son inspiration. Comme Galliano par exemple qui multiplie aussi les coopérations, qui explore des genres divers, mais qui toujours imprime sa marque et impose son style.

samedi, mai 10, 2008

lundi 12 mai - dix photonotes

Tout en écoutant les disques que nous avons rapportés de Trentels, j'ai plaisir à contempler les photonotes que j'avais prises. Leur qualité laisse certes à désirer, mais leur pouvoir d'évocation est puissant.
Ainsi, Bruno Maurice en noir et blanc. Deux couleurs pures, qui correspondent bien à la rigueur de son style et à sa capacité de provoquer l'imaginaire des auditeurs.


Jean-François Baez, tout en tension et en concentration.

J'aime bien cette image, peut-être à cause du contraste entre l'accordéoniste peu éclairé, un peu mystérieux, et une contrebasse, éclatante, qui interviendra avec Ponty Bone en seconde partie de soirée. C'est déjà le contraste entre l'intériorité de Baez et l'extériorité de Ponty Bone, qui est comme mise en scène.



Ces deux postures de Ponty Bone caractérisent bien sa prestation. Chaque morceau est à la fois le même et autre que tous les autres. Variations sur une attitude chaleureuse, professionnelle et détendue.



Et puis, on le voit bien , accordéon et chant sont inséparables.





De même, pour Meriadec Gouriou, la voix de l'accordéon et la voix humaine sont inséparables, comme un Janus aux portes de profondeurs infernales. Les deux voix se font échos, se soutiennent mutuellement pour proférer un message obscur mais troublant. Quelque chose de magique se passe.




Bien sûr le contraste est artificiellement exagéré, mais cette exagération même me parait rendre assez bien compte de la prestation de Gouriou. L'excès est sa norme. On est aux antipodes de Bruno Maurice. Deux manières de créer des émotions. La plus intense n'est pas forcément la plus explosive.



Quant aux "Danças ocultas", la juxtaposition des deux clichés montre bien leur posture. Impavides, présents comme des statues, ils ne bougent pratiquement pas, mais ils font monter du sol des rythmes envoutants par leur force d'obsession même. On est loin de Gouriou, on est plus proche de Maurice, mais la force magique qui émane de leurs jeux respectifs est dans tous les cas aussi intense. Il s'agit bien en effet de magie, au sens où, le temps de leurs prestations, les repères spatiaux ou temporels et les raisonnements rationnels sont comme mis entre parenthèses. On est apparemment ici et maintenant, à Trentels, un jour du mois de mai entre 21 heures et 23 heures, en fait, on est quelque part ailleurs...

























vendredi, mai 09, 2008

dimanche 11 mai - rencontre en sud-ouest

Le dernier numéro de la revue « Accordéon & accordéonistes », mai 2008, numéro 75, consacre plusieurs pages de « Tête d’affiche » à une « rencontre dans le sud-ouest » entre Françoise Jallot et René Lacaille, Jean-Luc Amestoy, Michel Macias et Philippe de Ezcurra. En complément de cette visite en sud-ouest, deux pages sur le Trio Miyazaki et donc aussi sur Bruno Maurice. Une page enfin consacrée à Patrick Lavaud, directeur artistique des « Nuits atypiques de Langon » et du label « Daqui », qui a voulu cette réunion des quatre accordéonistes, Lacaille, Macias, Amestoy et De Ezcurra. Un dossier fort intéressant.

A propos de « Danças ocultas », je parlais de mousquetaires et de fines lames. Je pourrais reprendre ces mêmes termes pour qualifier les « trois mousquetaires du sud-ouest » avec le cadet, De Ezcurra, dans le rôle de d’Artagnan.

Leur réunion et les concerts qu’ils donnent en commun procèdent donc du projet du directeur de « Daqui », qui les produit, et tout porte à croire que ces quatre fortes personnalités ont accepté de jouer le jeu à fond. Ce n’était pas évident étant donné leurs « carrures » et leurs carrières respectives. On connaît d’autres situations semblables où les egos des uns et des autres auraient pu mettre à mal ce projet. Comme le dit René Lacaille, tout repose sur le fait qu’à partir de leurs expériences propres, ils sont capables de s’écouter et d’improviser en commun. Chacun apporte sa spécificité : Lacaille, la musique des iles et les rythmes de la Réunion ; Amestoy, son toucher et sa créativité, son expérience du flamenco, son imprégnation des musiques rencontrées à Toulouse et autour de Toulouse ; Macias, son art de susciter la surprise, son répertoire ouvert à de multiples influences ; De Ezcurra, sa connaissance intime de la musique basque et son expérience d’accordéoniste classique. Il me semble que la force du projet tient au fait qu’ils n’ont, les uns et les autres, pas à prouver leur qualité et qu’ils ont maints autres projets personnels en chantier, soit en solo, soit avec d’autres associations. La force du projet vient, me semble-t-il, de ce qu’ils n’ont pas besoin d’y participer pour être reconnus. Une association de pairs, librement engagés dans une sorte de parcours non balisé, mais où chacun fait entièrement confiance aux autres. A terme, on peut penser que Bruno Maurice, lui aussi reconnu pour ses qualités multiples au niveau international, rejoindra les quatre autres, puisque comme eux il est produit par « Daqui ».

Le dossier de Françoise Jallot est donc tout à fait intéressant. A travers les différentes interviewes elle fait ressortir un trait commun, qui est l’attention de chacun à chacun, l’attention de chacun au groupe, le souci d’une écoute réciproque, la prise de risque dans l’improvisation, et en fin de compte cette impression que les quatre accordéonistes sont disposés à jouer le jeu d’un périple commun. On met ensemble ses différences et la nave va

Tel quel ce dossier me satisfait. Au bout du compte, je trouve cependant qu’il reste un peu idéaliste. On en reste trop à ce que l’on pourrait qualifier d’aventure humaine. Comme le dit Amestoy, « Tout est basé sur la circulation musicale entre nous : l’inattendu… La hiérarchie musicale change à chaque projet. Il n’y a pas de chef, nous sommes dans une conversation et tout dépend du moment où l’on joue… L’unité musicale, la couleur, le style, c’est avant tout de l’humanité. Je me sens récepteur, j’écoute. Je ne suis pas dominant ou dominé… ». Attitude possible précisément parce que chacun a bien conscience de ses qualités propres et de la reconnaissance dont il est l’objet. Néanmoins, pour compléter cette dimension, disons psychologique et morale, de ce projet, j’aurais aimé des informations sur ce que j’appellerais la base matérielle ou concrète qui permet de le réaliser : comment s’articulent les agendas respectifs, comment et quand se font les répétitions, comment sont choisis les morceaux à interpréter, comment les concerts sont-ils organisés entre différents moments de solo, duo et quartet, quelle est la part d'improvisation, etc… etc… Ces éléments me semblent en effet essentiels à prendre en compte. Sans une base organisationnelle précise, il n’y a en effet que des intentions. J’aimerais bien savoir comment « ça marche »… Les navigateurs se sont bien embarqués sur le même bateau, oui, mais... comment ont-ils organisé les quarts et les manouevres communes, comment ont-ils tracé leur route, comment ont-ils décidé en commun quelles ressources emporter pour arriver à bon port ?

jeudi, mai 08, 2008

samedi 10 mai - trentels hosssegor cds

La rénovation de la villa d'Hossegor n'est pas finie, mais depuis peu il est possible, d'y manger, d'y dormir, de s'y laver (douche ou bain au choix !). Les volets roulants électriques fonctionnent parfaitement. Mardi et mercredi donc, nous avons décidé de nous y installer pour avancer quelques travaux : nettoyer les terrasses et les balcons, rude tâche après le passage des platriers, et les lasurer (deux couches). Plus quelques autres bricoles comme débroussailler le fond du jardin, enlever les ronces, tailler quelques branches mortes... et déjeuner aux "Amigos", près de la place des Landais : merlu à la plancha, une fois, moules frites, l'autre fois. Vin rosé d'Espagne. Un temps délicieux, chaud et venté, juste ce qu'il faut pour lasurer dans de bonnes conditions.

Ce travail silencieux et méticuleux, qui nous occupe un grand nombre d'heures, est accompagné, en continu, par l'écoute des six albume rapportés de Trentels... et interrompu par quelques pauses où j'ai plaisir à fixer quelques formes, sur les murs ou sur les terrasses, quelques formes étranges destinées à disparaitre après les finitions de peinture. Cette alliance d'écoute d'accordéon et de contemplation d'images éphémères dues au hasard donne une tonalité esthétique plaisante à ce séjour. C'est pourquoi j'ai plaisir à en garder traces... Bien entendu, nous n'apprécions pas tous les morceaux également, mais pour l'heure je m'en tiens aux albums. Il sera temps, plus tard, d'affiner nos préférences actuellement variables.


- Trio Miyazaki, "Saï-Ko", Daqui 2007.

- Jean-François Baez Trio, "Nikita", Charlie Art Production / Harmonia Mundi distribution 2005

- Ponty Bone, "Fantasize", Loudhouse Records, 2002


- Meriadec Gouriou, "Another World", Produit par M. Gouriou 2008




- "Danças Ocultas", EMI 1995



- "Pulsar", Danças Ocultas, Magic Music 2004





vendredi 9 mai - trentels autour des concerts...

Trentels, c'est le festival et ses concerts, bien sûr, mais c'est aussi un environnement. Les ateliers auxquels nous ne participons pas, mais qui sont un moment fort de ce rassemblement d'amateurs d'accordéon. C'est aussi un restaurant au bord du Lot, où le fils des propriétaires, officie comme cuisinier et nous sert ponctuellement chaque année à 19 heures afin que nous ayons largement le temps d'arriver à l'heure pour le premier concert à 21 heures. Arriver à l'heure, pour nous, c'est 20 h 15, au plus tard... Cette année, jambon serrano en entrée, puis pâtes fraiches, riz de veau, cèpes, une petite tranche de foie gras pour donner du moelleux, quelques fraises en dessert, café bien serré.


C'est aussi une exposition de peinture à la mairie de Penne d'Agenais où l'on peut voir plusieurs tableaux d'un peintre local, qui nous rappelle Nicolas de Staël. Géomètrie des paysages, variations sur une palette volontairement réduite. Une figuration abstraite.

C'est encore une exposition de photographies de très grande qualité au musée de Gajac à Villeneuve sur Lot. Le photographe, Gilles Garcin, "arrivé dans le monde de la photographie il y a dix ans... en même temps qu'il prenait sa retraite". Le grand nombre de ses photographie est comme une variation sur la solitude de l'individu au milieu d'un monde où la quantité règne sans partage. Une oeuvre véritablement surréaliste. On pense à Magritte et à Tati. Une présence étrange, incongrue, obsédante.


Je ne peux m'empêcher de lire cette photographie ci-dessous comme une métaphore du fil de la vie, comme une variation linéaire sur le thème de Sisyphe.



Je ne peux, évidemment, résister au plaisir de me tirer l'autoportrait et de m'inscrire ainsi dans l'oeuvre de ce photographe. Magnifique exposition !


Trentels, c'est aussi, comme l'atteste le document ci-dessous, une table, la table n° 1, que nous occupons avec un plaisir extrême depuis maintenant trois ans. C'est pourquoi, chaque année, nous surveillons avec la plus grande vigilance l'ouverture de la location. Il nous est arrivé ainsi d'envoyer nos demandes de "pass" avant même que le site ne soit complètement configuré.



D'autres images encore... avant le concert du troisième jour, avant la prestation de Meriadec Gouriou, son accordéon et ceux des "Danças Ocultas" sont disposés, en bon ordre, sur la scène. J'imagine toujours que ces instruments, si humains par leur respiration, se concentrent avant d'entrer en jeu. J'attends toujours avec la même émotion la première phrase musicale.


Au pied de la scène, en attendant 20 h 30, apéritif-concert. Le soir du 3, cinq musiciens jouent cajun. Au centre, trois membres de la famille Macias : Vincent, accordéon, Michel, voix et la petite soeur, qui fait des merveilles avec sa classe, à l'accordéon.

Ttrentels, c'est encore bien d'autres choses : les paysages, les bords du Lot, les villages, les bastides, le musée Bernard Palissy, etc... etc... C'est le retour vers Pau par des interminables lignes droites entre les pins des Landes. C'est un panneau devant une maison de garde-barrière transformée en restaurant, qui annonce :"Escargots tous les jours". Qui va piano va lentano, qui va lentano va sano !








jeudi 8 mai - trentels retour sur...

... retour sur cette impression d'éclectisme, d'ouverture et de qualité des concerts de Trentels.
Le trio Miyazaki évoque pour moi une musique impressionniste, avec d'une part une présence forte de la nature sous une forme aimable et apaisée, d'autre part l'approfondissement de gestes subtils. "La mer au printemps" ; "Caresse". "Saï-Ko" me parait emblématique de cet impressionnisme : coloration / palpitation. Mais la tragédie n'est pas absente : "Chanson de Katioucha", ni l'humour : version japonaise d'Am-Stram-Gram. En tout cas, je perçois comme une évidence qu'il s'agit d'une musique de haute culture, qui ouvre sur des rencontres pleines de promesses entre des traditions extrême-orientales et l'occidentales, remarquablement représentées par le violon de Manuel Solans et l'accordéon de Bruno Maurice, un monument de culture et de technologie.
Jean-François Baez m'évoque plutôt une musique intimiste. Jazz et intimisme. Variations sur des sentiments d'amour. Plein de subtilité et de pudeur. On se dévoile sans se mettre à nu ni exhibitionnisme. Tendresse. Presque des chuchotements, des confidences pleines de retenue.

Curieusement, si l'on oublie le sens courant du mot "impressionnisme", on pourrait s'en servir pour qualifier la musique de Ponty Bone. Bien sûr, tout sépare son accordéon de la musique du trio Miyazaki, mais de morceaux en morceaux on peut dire de lui aussi qu'il dresse un tableau de ce sud des Etats-unis, Texas et Louisianne par touches successives. Chaque fois autre chose, chaque fois la même chose. Au total un portrait haut en couleurs, vivant, explosif et saturé d'humour sui generis.

A propos d'explosif, Meriadec Gouriou est un maître en la matière. Par opposion au trio Miyazaki et à l'accordéon de Bruno Maurice, je parlerais volontiers d'art expressionniste. Son accordéon est objet de toutes les attentions et de toutes les tortures. Contorsions en tous genres, comme s'il devait exprimer toute l'énergie de la terre. A ce sujet, Meriadec Gouriou est pour moi associé à la terre et au feu, feu destructeur et purificateur, feu de l'imprécateur, comme le trio Miayazaki est associé à l'air et à l'eau, légèreté et transparence. Le magma versus les nuages.


Quant au quatuor "Danças ocultas", je dirais que ce sont de fines lames, par analogie avec les quatre mousquetaires. Complices, complémentaires, ils dégainent sans une hésitation et font mouche à tout coup. J'avoue que j'aime beaucoup le contraste entre leur immobilité, leur calme, leur posture assez distanciée et les rythmes complexes qu'ils enchainent. Comme s'ils étaient ici et ailleurs, dans leur monde, précis (j'ai déjà évoqué cette image) comme des horlogers suisses. Un quatuor de mousquetaires portugais maniant l'accordéon comme des horlogers suisses...